Les semis, point de départ du potager

Cette émission est une présentation de Garant, créateur du Jardin modulaire Botanica.

Il ne faut pas confondre semis et plantation ou transplantation. Le semis se fait à partir de semences et la transplantation à partir de plants déjà poussés.

Faire ses semis présente plusieurs avantages. Il est possible de diminuer les coûts, les semences coûtant beaucoup moins cher que les plants. Toutefois, pour les semis à l’intérieur, l’année de l’installation les dépenses peuvent être plus importantes. Le semis permet aussi d’avoir accès à des variétés non vendues dans le commerce sous forme de plants, de pouvoir sélectionner la variété qui correspond le mieux à son jardin ou à ses attentes (goût, date de récolte, etc.), et de produire des plantes comestibles 100 % biologiques. Il permet aussi de produire dans les périodes où il n’y a pas de production en jardinerie, par exemple pour des semis successifs en été ou les semis d’automne.

Pour les semis à l’intérieur il existe quelques inconvénients. Ceux-ci nécessitent de la place et un bon accès à la lumière. Ils exigent aussi du temps pour l’arrosage, le repiquage, etc. À moins d’utiliser du matériel totalement recyclé, à l’exception du terreau, ils demandent un investissement en matériel (pot, matériel d’arrosage, éclairage, etc.). Faire ses semis soi-même requiert finalement une bonne connaissance du calendrier de semis.

Doit-on faire les semis à l’intérieur et transplanter les plants ou semer directement à l’extérieur? En fait cela dépend des plantes. Pour les plantes tropicales, la saison québécoise étant trop courte, il faut les démarrer à l’intérieur. Idem pour les plantes de culture lente. Par contre, les plantes difficiles à repiquer ou celles dont la germination est facile, elles peuvent être semées directement au jardin.

Il est préférable de semer certaines plantes directement au potager. Il s’agit des betteraves, carottes chicorées, épinards, jeunes pousses diverses, laitues en feuilles, mescluns, navets, oignons verts, panais, pois, radis et rutabagas. Par contre, les bettes à carde, brocolis, choux, choux-fleurs, choux frisés (kales), laitues pommées, oignons (en plant), roquettes et poireaux, ainsi que les bulbes d’échalotes françaises, d’oignons et de pommes de terre, sont préférablement transplantées en plants. C’est aussi le cas des légumes d’origines tropicales comme les aubergines, cerises de terre, concombres, cornichons, courges, courgettes, melons, pastèques, piments, poivrons et tomates.

Les semis à l’intérieur présentent plusieurs enjeux. Par ordre d’importance il faut prendre en compte :

  • l’espace
  •  la lumière;
  • la température;
  • le substrat;
  • l’arrosage;
  • la circulation de l’air;
  • les parasites;
  • la fertilisation.

Si, au début, les plantes semées ne prennent pas beaucoup d’espace, au fur et à mesure où elles poussent, elles peuvent demander de 5 à 10 fois plus de place, particulièrement si on utilise la méthode du repiquage. Un bord de fenêtre qui peut être adapté pour un plateau de semis devient vite inadapté et insuffisant dans les semaines qui précèdent la sortie des plantes à l’extérieur.

On entend souvent dire que les repiquages sont inutiles. C’est vrai pour certaines plantes, mais ils sont bénéfiques pour d’autres. En premier lieu, procéder avec des repiquages permet de gérer plus facilement l’espace. Comme on dispose de plus en plus de lumière au fur et à mesure que les jours allongent, il est plus facile d’en faire profiter les plantes. Les repiquages sont aussi bénéfiques pour les plantes. Naturellement, quand une plante pousse dans un pot, ses racines commencent par coloniser le pot, puis la plante se met à croître. Donc si on met en terre une graine dans un pot, elle va germer, faire ces racines puis pousser, ce qui dans certains cas ralentit sa croissance. De plus, comme on n’est pas certain que toutes les plantes vont germer, le plus souvent, on double ou on triple le semis et on supprime les plants en trop. Un gâchis de semences… et une utilisation d’espace. Le repiquage est surtout bon pour le développement de la plante. Lors de cette opération, on brise les racines du jeune plant, ce qui l’oblige à en produire de nouvelles. Un plant repiqué a souvent un système racinaire plus développé. Les plantes étant grégaires, en cultivant des plants proches les unes des autres, et en les distançant au fur et à mesure où elles poussent, elles « s’entraident » et sont donc plus belles. Le terreau sèche aussi moins rapidement, car moins exposé à l’air.

Quand le bord d’une fenêtre ne suffit pas, il faut apporter un éclairage artificiel. Le plus économique est d’utiliser des tubes fluorescents de 40 watts à 15 à 20 cm (idéalement qui peuvent être ajustés en hauteur) au-dessus des plants. On peut aussi utiliser les Leds qui présentent un potentiel intéressant, mais les prix sont encore élevés. Les lampes à incandescence ordinaires, les halogènes et les fluocompacts ne sont généralement pas adaptés à la culture des plantes. Une minuterie permet de contrôler la durée d’exposition. Des étagères ou des serres d’intérieur sont en vente dans les grandes surfaces.

La température de confort d’une maison est parfois incompatible avec les besoins des plantes. Les exigences en chaleur, ou en fraîcheur, varient selon le stade de croissance et le type de plantes. Un semis demande de 15 à 21 °C. Pour les plantes demandant plus de chaleur, on apporte celle-ci par le dessous à l’aide d’un tapis chauffant. Après levée ou repiquage, les plantes en croissance demandent de 18 à 20 °C le jour et de 12 à 15 °C la nuit.

L’arrosage doit être géré en tenant compte de la lumière et la température. Plus ces deux éléments sont élevés, plus les besoins en eau sont grands. De mauvais arrosages provoquent l’apparition d’insectes ravageurs ou de maladies, des excès d’eau le pourrissement et un manque le dessèchement. Il faut donc trouver le bon équilibre entre lumière, température et arrosage pour chaque type de plante.

Pour les semis, on privilégie un substrat léger qui retient un peu l’eau. Si on peut le faire soi-même, il est souvent plus économique d’utiliser les mélanges spéciaux vendus en jardinerie. À l’intérieur d’une maison, on ne doit jamais utiliser des préparations contenant du compost, sinon des moucherons des terreaux apparaissent. On utilise donc le même substrat pour les repiquages.

Tous les contenants ne sont pas adaptés pour les semis intérieurs. L’idéal est de semer dans un plateau de plastique pour le semis qui a une profondeur de 5 à 6 cm. On enterre ou on recouvre les graines de 2 fois leur diamètre. Par la suite le repiquage peut se faire dans des pots de 7 à 10 cm de côté ou de diamètre. On peut bien entendu utiliser du matériel recyclé, notamment pour les pots de repiquage, mais le matériel doit être sécuritaire et adapté à la durée de culture. Par exemple, les boîtes à œufs en carton sont recommandées pour une culture courte sinon elles se dégradent. Certaines plantes qui n’aiment pas la transplantation sont des candidats de choix pour les pots de tourbes compressées.

Pour les plantes repiquées que l’on garde longtemps à l’intérieur, il est fortement recommandé d’installer un éventail. Un tel aménagement permet de renforcer les tiges comme le fait le vent à l’extérieur. Réglé sur la basse vitesse il est couplé à la minuterie de l’éclairage des plantes.

Lors des semis à l’intérieur, les risques de présence d’insectes ravageurs et de maladies sont élevés. Par contre ils sont facilement repérables. Avant de traiter, on intervient sur la distance entre les plants, car un manque d’air facilite la propagation des maladies. On ajuste l’éclairage, la température et l’arrosage, et la combinaison de ceux-ci, qui mal calibré peuvent entraîner le dépérissement des plantes et donc une moins bonne résistance.

Si les semis n’ont généralement pas besoin d’être fertilisés, à moins que l’on sème dans de gros pots sans repiquage, les repiquages doivent l’être. En effet, les mélanges à semis ne contiennent que très peu de fertilisants. Donc, si on cultive des plantes repiquées sur de longues périodes, on utilise un engrais naturel qui se décompose lentement ou encore des émulsions d’algues. On adapte la dose selon le besoin des plantes.

L’erreur la plus commune pour le semis d’intérieur et de semer trop tôt, surtout si on n’a pas de système d’éclairage. Et encore! Des plants semés trop tôt deviendront trop hauts et ne pourront plus aller sous les tablettes et ne bénéficieront pas de la lumière nécessaire à leur bonne croissance. De plus, si le printemps se fait tardif, les problèmes risquent de s’accumuler.

Les semis à l’extérieur sont plus simples, mais demandent quand même de l’attention, en particulier en ce qui concerne l’arrosage. On sème à l’extérieur quand le sol est suffisamment chaud. Cette donnée varie selon le type de plantes, celles de climat tempéré demandent un sol de 12 à 15 °C et les plantes d’origine tropicale, de 18 à 20 °C. Afin de connaître la température du sol on utilise un thermomètre de sol ou mieux un thermomètre à compost qui peut alors avoir 2 utilisations.

Il existe 3 manières de semer en pleine terre, en ligne, à la volée ou en poquet (regroupement de 3 à 5 graines). C’est le jardinier qui choisit. Semer au potager en plein air est assez facile. On commence par apporter une fertilisation au sol, sous forme de compost et d’engrais naturel en prenant en compte les besoins de la plante. On remue le sol avec une griffe de jardinage ou une grelinette. On ne le retourne pas afin de profiter de tous les bienfaits de la rhizosphère. On s’assure que le sol est frais, sans être détrempé. On ne sème jamais sur un sol sec. Pour les semis en ligne on fait un sillon dont la profondeur est 2 fois celle du diamètre de la graine. Une fois les semences sur le sol, on referme le sillon ou on couvre les graines avec du terreau. On tasse à l’aide d’une planche ou avec le dos d’un râteau droit. Puis on arrose abondamment sans provoquer le ruissellement. Par la suite, on surveille le niveau d’humidité du sol jusqu’à la levée et les jours suivants. C’est dans ces interventions que réside la réussite des semis à l’extérieur.