Cultiver à la planche!

La culture en planche permanente est une approche ancestrale pour les potagers d’aujourd’hui. Plus récemment, elle a donné naissance à la culture en carré et en butte.

Déjà utilisés au Moyen-Âge, et peut-être même dans l’Antiquité, les potagers organisés sous forme de planches permanentes ont été formalisés en France par les maraîchers au 19e siècle. En 1976, l’américain Mel Bartholomew transformera cette approche en développant l’idée du carré permanent. C’est en 2007 que l’Autrichien Sepp Holzer développe le concept de la butte autofertile. Au départ, l’idée est d’empiler différents matériaux compostables en couches pour y faire pousser des plantes comestibles. C’est la hügelkultur. Plus tard les buttes deviendront de simples amas de terre.

On qualifie ces structures de permanentes, car, une fois installées, elles restent en place sans retournement de sol contrairement à un potager de plein champ qui est labouré chaque année. Que ce soit en planche, en butte ou en carré, il s’agit de surfaces de terre plus ou moins surélevées et bordées d’allées de manière que le sol ne soit jamais piétiné.

Cette méthode de culture a pour avantage de respecter la rhizosphère, donc toute la macroflore, la microflore, la macrofaune et la microfaune, ainsi que la structure du sol. Du coup, la matière organique est convenablement dégradée, ce qui permet d’obtenir d’excellents rendements en intensifiant la production. Cette approche a aussi comme avantages de concentrer la vie du sol, et donc la fertilité, sur une surface limitée, de réduire les apports d’intrants tels que le compost ou le paillis, de créer un sol meuble où les racines font facilement leur chemin, qui est plus simple à entretenir et qui permet des cultures plus hâtives. La matière organique et la fertilisation sont concentrées là où elles sont utiles pour les plantes.

Les planches, buttes ou carrés permanents facilitent le compagnonnage et les rotations. Elles permettent à la fois une meilleure rétention de l’eau dans le sol, mais aussi un meilleur égouttement, l’eau en surplus s’écoulant dans les allées. Grâce à la densification, le sol est moins exposé, ce qui réduit les besoins en eau et en désherbage, et donc les risques de gaspillage. Les avantages se font aussi sentir en termes de travail du jardinier. Il peut se concentrer sur la surface à cultiver et combiner les gestes d’entretien. Cette stratégie présente comme inconvénient de nécessiter un bon travail de préparation afin d’établir le sens de la pente, l’exposition de les façonner, etc. En plus du refaçonnage annuel, il faut en prévoir un plus important tous les 2 ou 3 ans.

Un potager en planche permanente est organisé de manière à créer des espaces de sol surélevé de 6 à 8 centimètres de haut. Ces planches, confectionnées uniquement avec de la terre, sont bordées d’allées de chaque côté. Ces dernières ont au mini 35 centimètres, la largeur idéale variant de 45 à 60 centimètres suivant le design du potager. Les planches elles-mêmes ont entre 1,20 et 1,30 mètre de large, la longueur d’un bras étant en général de 60 à 65 centimètres. Pour plus de confort, certains horticulteurs préconisent des planches de 75 à 85 centimètres de large. Dans tous les cas, la pente est d’un maximum de 5 %. Il n’est pas obligatoire de les encadrer avec des planches ou des madriers en bois, celles-ci pourrissant avec le temps. La longueur d’une planche permanente varie selon l’aménagement du potager et elle n’a donc pas de longueur maximale. Toutefois, il faut être conscient que des planches trop longues rendent les déplacements plus difficiles.

Un potager en carré permanent est en fait un potager dont les planches mesurent 1,20 mètre sur 1,20 mètre. À l’intérieur, la surface est subdivisée, en général en 9 carreaux, et chacun reçoit une plante. Les plantes à grand développement peuvent occuper 2, voire 3 carreaux. Étant donné la place restreinte, on privilégie l’utilisation de l’espace verticale. Il s’agit en fait d’une méthode de culture très intensive. Ce type de potager est adapté aux petites surfaces. Il permet de cultiver de petites quantités de plantes, tout en offrant une plus grande diversité. Cette méthode contribue donc à une meilleure rentabilité de l’espace, une répartition des récoltes plus étalées dans la saison et un espace cultivé limité qui permet des économies de temps. Toutefois, les maladies s’y propagent plus facilement et, si l’on achète des plants, il faut opter pour des formats individuels, souvent un peu plus cher.

Les buttes permanentes sont des surfaces de culture de 1,20 mètre de large, qui prennent la forme d’un monticule qui culmine à une hauteur de 30 à 40 centimètres. En général, le dessus de la butte est aplati. La largeur des allées est la même que pour les autres formes de potagers permanents. Étant donné que l’amoncellement de terre est en pente, il est importance que celle-ci soit recouverte de paillis de façon permanente pour éviter l’érosion. En plus des avantages reliés aux planches permanentes, les avantages spécifiques des buttes sont un plus grand réchauffement, un ressuyage plus rapide au printemps et une surface cultivable de 10 à 20 % supérieure. De plus elles sollicitent moins le dos du jardinier qui peut alors cultiver debout.

Les inconvénients des buttes sont le façonnage, particulièrement si on doit les créer de toutes pièces avec un apport de terre. De plus, le travail du sol et l’apport des amendements demandent une certaine habileté qui peut demander quelques semaines à maîtriser. Sur de telles structures, il est difficile d’utiliser des filets anti-insectes ou des toiles contre le froid. L’entretien peut être chronophage, car les buttes permanentes ne supportent pas le laisser-aller!

Bien que les planches et les buttes permanentes soient des structures géométriques, à l’intérieur de celles-ci, les plantes n’ont pas besoin d’être parfaitement bien alignées. Dans la nature les plantations sont erratiques… et pourtant ça pousse! L’alignement n’est utile que si l’on souhaite optimiser les opérations culturales, ce qui peut être le cas dans un grand potager, mais pas du tout sur un petit espace. En fait, les distances de plantation sont guidées par deux principes. Le premier, le plus important, c’est de laisser suffisamment de place autour de la plante pour qu’à maturité l’air puisse passer, réduisant ainsi l’apparition de maladies. Le deuxième, c’est de prévoir autant d’espace qu’il est nécessaire pour passer la binette ou le sarcloir sans risquer d’abîmer les plantes cultivées. Dans un potager en carré permanent, comme la culture est très intensive, il faut respecter l’alignement.

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